Archives for mars 2012

RAROC (Risk Adjusted Return On Capital)

Le RAROC est une méthode de mesure de la performance en intégrant un ajustement du risque.

Les mesures traditionnelles des performances ne tiennent pas compte du risque. Par exemple dans le calcul du retour sur investissement on a ROI = Résultat nets / Capitaux investis. Si deux investissements présentent les mêmes revenus avec le même capital, ils auront le même ROI même s’ils présentent des risques différents.

Il faut toujours comparer les rendements au regard du risque pris. Sinon, il est impossible de faire des comparaisons sur les performances.

Vers la fin des années 1970, Bankers Trust développa un RAPM (Risk Adjusted Performance Measures – rentabilité ajustée pour le risque) appelé RAROC Risk adjusted Return on Capital dont la formule est la suivante :

Supposons que le rating d’une entreprise soit BBB, c’est-à-dire une probabilité de défaut de 2.1%, sur un prêt de 1 000 000€, il faut passer 21 000€ en provision pour couvrir la probabilité de perte. Avec un taux de 10% sur le prêt, le revenu net ajusté sera de 0.1 x 1 000 000 – 21 000 = 79 000€ au lieu de 100 000€ sans prise en compte du risque.

Le capital économique correspond aux fonds nécessaires pour absorber des pertes exceptionnelles ou inattendues résultant de l’ensemble des risques encourus. Le capital économique est souvent calculé avec la VaR (Value at Risk). La VaR mesure le montant maximum des pertes pouvant être constatées sur une période et selon un seuil de confiance prédéfini. Le capital économique doit couvrir la VaR c’est-à-dire être égal au VaR (VaR = perte potentielle comme multiple de la volatilité dans le cas où les pertes suivent une loi normale).

Le RAROC a 2 objectifs :
1. Mesure de la performance en prenant en compte le risque (ex-post)
2. Permettre une allocation de fonds propres qui couvre le risque (ex-ante)

RAROC et création de valeur
Le RAROC permet de comparer deux investissements en prenant en compte la rentabilité et le risque. Mais qu’en est-il de la création de valeur pour les actionnaires ? Il y a création de valeur si :

RAROC > coût du capital

Le RAROC et l’EVA sont deux modèles de mesure du capital en prenant en compte le risque. Le RAROC comme toute mesure de rentabilité est très utilisé dans la comparaison d’investissements ou comme mesure de performance par rapport à une rentabilité cible.

L’EVA est une mesure absolue de la création de richesse : montant des bénéfices qui dépassent le coût du capital. L’EVA peut être mesuré comme étant le revenu donné par la différence entre le RAROC et le coût du capital. Si le RAROC est égale au coût du capital alors l’EVA est nul (pas de création de valeur).

Capital économique et bêta
Le capital économique concerne les créanciers qui doivent prévoir un niveau de fonds propres pour couvrir les pertes possibles en cas de défaut de l’emprunter. En revanche, le bêta concerne les actionnaires qui sont préoccupés par la volatilité du résultat futur de l’entreprise et exigeront une rentabilité en adéquation au risque de marché du titre.

Création de valeur et MVA(Market Value Added)/EVA(Economic Value Added)

La MVA® (Market Value Added – marque déposée par J. Stern et G. Stewart) est une méthode de calcul de la création de valeur.

MVA comme modèle d’évaluation d’entreprise

La valeur d’entreprise s’obtient en ajoutant à la MVA les valeurs comptables des fonds propres et de la dette financière nette.

Dans la valorisation d’entreprise, la MVA est un modèle qui permet de calculer la création de valeur pour ensuite déduire la valeur de marché de l’entreprise. Alors que dans le modèle DCF, la valeur de marché de l’entreprise est directement obtenue.

La MVA est égale à l’ensemble des espérances de création de valeur EVA à venir actualisées au coût du capital.

Une entreprise crée de la valeur lorsque le résultat opérationnel de l’exercice est supérieur au coût des capitaux engagés.  Sur une période la création de valeur est représentée par l’EVA®  (Economic Value Added). Le principe de l’EVA se résume par la question : est-ce que le résultat d’exploitation nette d’impôts est supérieur au résultat exigé par le coût du capital ?

EVAt = Résultat d’exploitation nette d’impôts – coût du capital x capitaux engagés

Autrement dit :

EVAt = NOPAT – CMPC  x (fonds propres + dette financière nette)

Le résultat opérationnel après impôts normatifs (NOPAT : Net Operating Profit After Taxes) = Résultat d’exploitation hors impôt et charges financières – Impôts théoriques

On peut aussi l’écrire sous cette forme. Ce qui revient à la même chose :

EVAt = Actif économique x (ROCE – WACC)

La séquence des futurs EVAt permet de déterminer, dans un deuxième temps, la MVA en les actualisant au coût moyen pondéré du capital.

MVA comme indicateur de création de valeur boursière

La MVA et l’écart d’acquisition (Goodwill) représente la même entité financière. A tout instant la MVA est égale au Goodwill.

La valeur de marché d’une entreprise = valeur comptable des fonds propres et de la dette financière nette + la valeur créée (MVA)

Si on considère que la valeur de marché de la dette est son montant comptable, on peut approximer MVA avec le calcul suivant :

MVA ≈ capitalisation boursière – montant comptable des fonds propres

La MVA est un outil hybride mi-comptable mi-financier de mesure de la création de valeur. Son point fort est sa simplicité : écart entre la valeur de marché de l’actif économique et de son montant comptable. Son point faible est qu’elle est soumise à la volatilité des marchés boursiers. De plus, elle n’est pas applicable aux entreprises non cotés.

Rentabilité économique: ROCE (Return On Capital Employed)

Le ROCE est la rentabilité des capitaux investis (ou employés) après impôts. Les capitaux employés correspondent à la somme de actifs immobilisés et du besoin en fonds de roulement c’est-à-dire à l’actif économique. Le ROCE est aussi appelé le taux de rentabilité de l’actif économique.
Rentabilité économique: ROCE (Return On Capital Employed)

Le ROCE est un indicateur de performance économique de l’entreprise et à ce titre, dans une approche d’analyse sectorielle, il peut être comparé au ROCE de sociétés comparables.

Bilan Emplois/Ressources (actif economique et capitaux investis)

Bilan Emplois/Ressources (actif economique et capitaux investis)

Formule de calcul :

Une rentabilité s’exprime par le rapport entre : revenu dégagé / capital engagé

Dans le cas du ROCE, le revenu dégagé correspond au revenu généré par l’actif économique c’est-à-dire le résultat d’exploitation après impôts.

ROCE = [EBIT x (1 – IS) + Résultat des sociétés mises en équivalence] / actif économique

  • EBIT = Résultat d’exploitation – Participation (-Amortissement Survaleurs)
  • Actif économique (AE) = Immobilisations nettes + BFR

En simplifiant :

ROCE = Rex x (1 – IS) / [Immo nettes + BFR]


Outil de calcul du ROCE

Veuillez saisir les données. Les calculs se font automatiquement.

Calcul du ROCE
Résultat d’exploitation:
-Participation:
-Amortissement Survaleurs:
Taux moyen d’imposition: %
+Résultat des sociétés mises en équivalence:
Revenu généré par l’actif économique après impôts:
Immobilisations nettes:
Besoin en fonds de roulement:
Actifs économiques:
Retour sur capitaux investis (ROCE)

ROCE des sociétés du CAC :

Exemple de ROCE (Source : Infinancials, Thomson-Reuters 02/01/2013)
Societe CA (Million€) Marge Rex Rotation de l'actif économique ROCE ROE
Danone 20 869 13,2% 1,1x 9,0% 13,7%
Michelin 21 474 11,5% 1,4x 10,6% 18,5%
L’oreal S.A 22 463 15,9% 1,0x 10,8% 13,7%
Schneider Electric 23 946 12,0% 1,0x 7,5% 11,1%
Christian Dior 24 628 21,1% 0,6x 8,1% 13,3%
LVMH 28 103 20,4% 0,7x 9,1% 13,9%
Vivendi 28 994 9,7% 0,7x 4,6% 1,1%
Veolia Environnement 29 439 3,7% 1,2x 2,9% 5,5%
Bouygues 33 654 3,3% 2,0x 4,4% 7,4%
Sanofi 35 957 17,6% 0,4x 4,9% 8,7%
Vinci 39 418 9,3% 1,3x 7,6% 14,4%
Casino Guichard Perrachon 41 971 5,7% 1,7x 6,2% 14,2%
Rallye 42 663 5,6% 1,7x 6,0% 13,4%
Compagnie de Saint-Gobain 43 198 4,6% 1,3x 3,9% 4,4%
Orange 44 415 9,1% 0,7x 4,1% 3,4%
SUEZ 47 475 11,4% 1,0x 7,4% 17,7%
Electricite de France (EDF) 72 729 11,3% 0,4x 2,9% 12,8%
Carrefour 78 460 1,8% 4,1x 4,8% 16,5%
GDF Suez 97 038 7,4% 0,6x 3,1% 2,6%
Total 182 299 12,3% 1,6x 12,5% 14,7%

Critiques du ROCE:

Le ROCE est un indicateur financier basé sur des critères comptables. Contrairement à la rentabilité des fonds propres (ROE), l’indicateur ROCE ne subit pas de biais dus à l’effet de levier.

Le ROCE présente néanmoins des limites :

  1. ROCE est influençable par la comptabilité
  2. Les immobilisations nettes ne présentent pas toujours la valeur économique des actifs.
  3. Le ROCE est calculé période par période. En fin du cycle d’investissement, le ROCE augmente car la valeur des immobilisations nettes baissent. Le ROCE est influencée par la position dans le cycle d’investissement (le ROCE augmente au fur et à mesure que l’on avance dans le cycle)
  4. Le BFR qui apparait au bilan à la date d’arrêt des comptes ne peut pas être utilisé comme indicateur du BFR permanent de l’entreprise.
L’analyse du ROCE:

Le ROCE est une combinaison d’une marge d’exploitation et d’un ratio de rotation de l’actif économique (inverse de l’intensité capitalistique)

ROCE = Rex(1-IS)/CA x CA/AE

On peut avoir une entreprise comme Carrefour qui dégage de faibles marges mais un fort taux de rotation de l’actif (une faible intensité capitalistique), à l’inverse de LVMH par exemple.

Comment augmenter le ROCE?
  • Soit en augmentant le Résultat d’exploitation
  • Soit en réduisant les immobilisations et le BFR
  • Soit en améliorant la rotation des capitaux engagés.

Actions sur le Résultat d’exploitation

  • Actions sur le Chiffres d’affaires:
  •    – Augmentation des volumes (productivité des actifs et du personnel)
       – Augmentation des prix (différentiation des produits)

  • Actions sur les Coûts: réduction des coûts, variabiliser les coûts fixes
  • Actions sur les impôts: optimisation fiscale

Actions sur les investissements

  • Action sur le Besoin en fonds de roulement : délais de règlement fournisseurs, délais de règlement clients, stocks, durée du cycle
  •    – flux tendus des approvisionnements (attention : peut entrainer une rupture d’approvisionnement), réduction des délais de commercialisation, réduction des processus industriels…
       – réduction des délais règlement clients (attention : peut entrainer une mévente)
       – réduction des consommations

ROCE et création de valeur :

La comparaison du ROCE au WACC (Weighted Average Cost of Capital, qui mesure le coût moyen pondéré des capitaux propres et de la dette), permet de mesurer la création de valeur par le Groupe au cours de la période, ce qui est le cas lorsque le ROCE est supérieur au WACC.

Améliorations possibles pour le calcul de la rentabilité économique :

Pour le calcul de la rentabilité économique, on peut utiliser l’EBITDA ou l’EBE (Excèdent Brut d’Exploitation) en français ; dans ce cas nous sommes avant les amortissements. On a plus de problèmes liés au cycle d’investissement et la valorisation des immobilisations nettes. Le calcul du ROCE devient alors :

Rentabilité économique = EBE / [Immobilisations Brutes + BFR]

 

Juger la crédibilité d’un business plan

Le ROCE peut servir à juger la crédibilité d’un business plan de manière rapide et très pertinente.
Il faut calculer le ROCE (avant ou après impôts) sur la période prévisionnelle et de la comparer avec la période historique afin de détecter toute « aberration ».
Dans une approche « économique », il vaut mieux calculer le ROCE après impôts courants.

L’analyse de l’évolution historique et prévisionnelle du ROCE permet d’avoir un aperçu synthétique sur la cohérence des données prévisionnelles avec les résultats historiques.

Exemple de calcul du ROCE dans le document de référence du Groupe Michelin en 2011

L’un des objectifs stratégiques de Michelin est d’atteindre chaque année un retour sur capitaux investis (ROCE) supérieur à 9%.

Pour le calcul du ROCE du Groupe, il a été pris au numérateur le résultat opérationnel avant produits et charges non récurrents diminué d’une charge d’impôt théorique sur les sociétés du Groupe, soit un résultat opérationnel net d’impôt appelé NOPAT (Net Operating Profit After Tax).
Le taux standard d’imposition retenu est de 31%. Il correspond à un taux moyen effectif normal d’imposition du Groupe.

Au dénominateur, il a été pris la moyenne, entre l’ouverture et la clôture de l’exercice, des actifs économiques employés, c’est-à-dire la somme des actifs immobilisés incorporels et corporels, des prêts et dépôts, et du besoin en fonds de roulement net.

RETOUR
SUR CAPITAUX INVESTIS (ROCE)

GROUPE MICHELIN 2011
(en millions d’euros) 2011 2010
Résultat opérationnel avant produits et charges non récurrents 1945 1695
Taux moyen d’imposition standard retenu pour le calcul du ROCE 31% 31%
Résultat opérationnel avant produits et charges non
récurrents net d’impôt (NOPAT)
1342 1170
Actifs immobilisés incorporels et corporels 8694 7969
Prêts et dépôts 152 577
Titres mis en équivalence 120 93
Total actifs non courants 8966 8639
Besoin en fonds de roulement 3962 3093
Actifs économiques fin de période 12928 11732
Actifs économiques moyens 12331 11132
ROCE 10.9% 10.5%